Mademoiselle

Rosalie Catherine Duthé 

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Rosalie Duthé  par Claude Jean Baptiste Houin d'après le Musée Fine Arts Boston

(Attention il se pourrait que cette attribution soit fausse et que ce soit Mme Anne Rosalie Bocquet épouse Filleul, amie d'enfance de Mme Vigée Le Brun, elle même pastelliste dont on connaît surtout le tableau des enfants du comte d'Artois qui se trouve à Versailles. Mais comment le savoir avec exactitude après tant d'années !)

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Rosalie Duthé par Dumont

Elle fut une des plus belles femmes et courtisanes du temps de Marie-Antoinette.
N'a-t-elle pas eu parmi ses nombreux amants plusieurs princes du sang dont le duc de Chartres, le duc de Bourbon mais aussi le roi du Danemark et le prince de Nassau.
On comprendra alors l'engouement des peintres à son égard.
Elle sera le modèle de La Tour, de Greuze, de Fragonnard, de Van Loo, de Hall, de Drouais, de Lemoine, d'Augustin, de Danloux, de Perrin-Salbreux dans différentes tenues (habillée et déshabillée !)

Durant toute sa vie elle sera vêtue de rose : des robes aux rubans et jusqu'aux coiffures, ce qui lui allait fort bien du fait de l'extrème blancheur de sa peau.

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Rosalie Duthé par Pierre Adolphe Hall

Notre Catherine Rosalie Gérard de son vrai nom est née à Versailles en 1748 où son père avait un petit emploi au château, elle fut baptisée dans la paroisse St Louis. Appartenant à la petite bourgeoisie elle fut néanmoins élevée au couvent de Saint-Aure rue Lhomond à Paris. Dès l'âge de 15 ans elle fut confiée à une tante riche et originale, plus connue sous le nom de Mme Duval officiellement modiste mais en réalité entremetteuse de luxe !

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Miniature Mlle Duthé par François Dumont vers 1775-1780

Cette brave tante avait une clientèle huppée et jouissait non seulement d'une certaine considération mais aussi de la protection plus qu'intéressée du ministre Sartine. Connaissant les deux demoiselles de Verrières, soeurs, protégées et maîtresses du maréchal de Saxe, la tante forma et guida sa jeune protégée Rosalie dans la haute galanterie.

(Les deux cousines de Rosalie Duthé, Mlle Quincy et la fameuse Carline de l'Opéra Comique suivirent également le même chemin de galanterie et eurent comme amants des princes du sang.)

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Rosalie Duthé par Jacques Antoine Marie Lemoine

Catherine Rosalie apprit à taire les élans de son coeur pour mieux simuler et séduire. Elle apprit le chant et la comédie sur le théâtre privé des demoiselles de Verrières à la Chaussée d'Antin où la fine fleur de la noblesse, les financiers, les hommes de lettres disaient "aller se faire égorger" chez les veuves de Monsieur le maréchal de Saxe. (égorger = allusions aux grandes dépenses qu'on y faisait)
Lorsque notre jeune Catherine Rosalie eut 17 ans ce fut l'archevêque Monseigneur de Dillon, ayant très bon goût, qui devint son protecteur attitré.

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Rosalie Duthé par François Dumont

Il lui fit donner des leçons de chant et de danse. Sitôt formée elle entra sous le nom de Rosalie Duthé dans le bordel de luxe de Madame de Saint Etienne ("l'appareilleuse" comme on disait à l'époque). Là, elle rencontra le fermier général Hocquart de Montfermeil lequel la fit "emmagasiner" càd admettre dans les choeurs de l'Opéra. En remerciement,... il la trouva par hasard dans les bras du chevalier de Létorière, officier aux gardes françaises !
Voltaire rappelant que le mot Opéra en italien veut dire deux choses "oeuvre" et "affaire" nommera à juste raison ces demoiselles de l'Opéra subventionnées par des fermiers généraux "les demoiselles d'affaires" !  Elle fut tout d'abord figurante sous le nom de scène de Mlle Rosalie.

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Rosalie Duthé par J.H Fragonard Coll Thyssen Bornemisza Madrid

Notre jeune Rosalie était loin d'être sotte et sut conduire sa vie de courtisane avec habileté et discernement. Dès ses premiers cachets touchés elle emménagea dans une élégante maison rue Saint Pierre de Montmartre. Prenant toujours exemple sur les soeurs Geneviève et Marie Rinteau de Verrières elle fit de sa maison le rendez-vous d'hommes brillants et de gens de lettres tels Diderot, Gentil Bernard, Marmontel et Dorat qui lui firent tous la cour.
Ce qui lança Rosalie ce fut sa rencontre avec le duc de Chartres futur Philippe Egalité qu'elle aurait dépucelé au cours du mois de mars 1766. Ce dernier volant vers d'autres bras lui laissa une rente viagère élevée.

"Depuis que M. le duc de Chartres a donné son pucelage à la demoiselle Duthé dite Rozalie figurante à l'Opéra tout le monde s'empresse à lui faire la cour .... M. le duc de La Trémoille s'en est chargé, M. le comte de Durfort comme agent secret du prince en est bien traité ainsi que M. le chevalier de Clermont et jusqu'à la finance s'en mêle : M. de Blagny mardi dernier a sacrifié ving-cinq louis pour faire une passade avec elle. Cependant cela est fini avec M. le duc de Chartres"

Comme on le voit, elle avait l'embarras du choix et ne s'intéressait qu'à ceux qui pouvaient suivre ses tarifs vertigineux. Elle avait tant d'argent qu'elle put s'offrir le luxe de commander son portrait par Maurice Quentin de La Tour dont les tarifs étaient eux aussi très élevés. Greuze la représentera en Flore tandis que le tableau ovale de Fragonard, visible à Madrid dans la collection Thyssen, représente son portrait une fleur dans les cheveux et un châle de gaze sur les épaules.

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Rosalie Duthé par L.L. Perin dit Perin-Salbreux Musée de Tours

Lorsque le roi Christian IV de Danemark est venu en France en 1768 il demanda à rencontrer Rosalie Duthé dont on lui avait vanté la beauté mais aussi les talents d'amoureuse. Dès 1771 elle emménagea dans un logement encore plus somptueux rue Neuve Saint Eustache dans le quartier des Halles.
Le vieux roi Louis XV était ravi de lire les commérages des rapports de police sur Mlle Duthé. Il avait ainsi la longue liste des amants de Rosalie Duthé que l'on disait insatiable. Il y eut en effet : Le marquis de Genlis avec qui elle restera amie, le duc de Durfort qu'elle trompa avec un polonais le comte Matowsky, un certain Lannus bordelais de son état, le prince Conti. A changer chaque jour d'amant et de carrosse  elle dut se faire oublier en partant pour l'Angleterre en 1777, où, bien sûr, elle ruina deux ou trois milords tout comme le prince de Galles.


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Rosalie Duthé Miniature388 du Musée du Louvre attribuée à Heinsus puis à Labille-Guiard

Revenue à Paris, elle se fit peindre par Drouais de manière à ce que tous puissent admirer sa beauté (tableau que l'on peut voir à Londres dans la collection Rothschild).

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Rosalie Duthé par F.H. Drouais 1768 Coll. Rothschild Londres

Un tel tableau ne put laisser insensible le comte d'Artois qui en tomba follement amoureux. Leur liaison dura précisément du 23 juillet 1775 au 3 février 1776. Pour elle il dépensa des sommes folles (près de 80.000 livres de bijoux) et donna une fête nocturne dite "scène pastorale semi-aquatique". Le frère du roi était si épris que :
"Chaque soir, il venait la suivre dans les allées du Palais-Royal, affichant ainsi publiquement une passion qu'il aurait dû voiler par égard pour son rang."

En 1773 le comte d'Artois futur Charles X, troisième petit fils de Louis XIV s'était marié avec Maie-Thérèse de Savoie, seconde fille du roi de Sardaigne. Malheureusement la mariée n'était pas très belle, aussi le comte s'empressa-t-il de très vite se consoler dans les bras de Mlle Duthé ce qui permit à ce bon mot de courir le tout Versailles :

« Le prince, ayant eu une indigestion de gâteau de Savoie, vient prendre du Thé à Paris. »

Le peintre Périn protégé par le comte d'Artois fit également le portrait de Mademoiselle Duthé dans différentes tenues, un de ces tableaux se trouve au Musée des Beaux Arts de Reims (voir ci-dessous).

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Rosalie Duthé par Périn-Salbreux Coll. Particulière

Délaissée par le comte d'Artois, Mlle Rosalie Duthé partit à nouveau pour Londres refaire sa vie mais revint très vite en France encore plus riche que jamais ! Devenant la voisine de son ancien amant puis ami le financier Hocquart de Montfermeil (qu'une autre demoiselle de l'Opéra, Mlle Laguerre, ruinait tranquillement) elle prit un hôtel particulier à l'angle des rues d'Antin et Saint-Lazarre qu'elle fit décorer par des panneaux de Van Spaedonck et sur lesquels figuraient des roses, myosotis, des colombes, des cygnes, des carquois, des flèches.
Ces deux demoiselles de l'Opéra posèrent alors ensemble pour le peintre Campana à la demande de ce brave Hocquart qui put ainsi admirer les deux femmes qu'il préférait.
Elle fréquentera les soirées libertines données par Mlle Guimard, le duc de Chartres ou le duc de Lauzun. Puis juste avant la révolution en 1786 elle partit pour Londres avec un anglais lord Byng. En Angleterre elle eut également une liaison discrète avec un membre du parlement Monsieur Lee.

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Portraits de Mlle Duthé par Périn, par Augustin, par Lemoine, par Périn

Comme Mme du Barry, Rosalie Duthé revint à Paris en 1792 pour obtenir sa radiation de la liste d'émigration ce qu'elle obtint le 20 décembre 1792. Apprenant la condamnation du Roi elle exprima un peu trop fortement sa colère et son désespoir si bien que pour sauver sa tête elle dut partir rapidement pour Londres.

Quinze ans plus tard, à la Restauration, en 1816, elle revint où elle reçut à nouveau comme avant dans son salon royaliste de la rue Basse du Rempart encore une foule d'admirateurs parmi lesquels le fidèle Louis Henri Joseph prince Bourbon-Condé. Presque aveugle, elle mourut à l'âge de 82 ans le 24 septembre 1830 laissant une fortune de 600.000 fr. Elle fut enterrée au cimetière du Père-Lachaise, et à sa demande un arbre fut planté sur sa tombe.

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Rosalie Duthé à 44 ans en 1792 par H.P. Danloux

Ainsi vécut cette rose, Rosalie, toujours de rose vêtue, cette diva du XVIII ème siècle

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Portraits de Mlle Duthé par Vigée Lebrun, G de Saint Aubin, Frédéric Schall (Là aussi ?) , Danloux